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Thaïlande : la vérité sur les balades à dos d’éléphants

Pour ce second article dans la saga sur les éléphants d’Asie, je vous propose qu’on se penche sur les dessous cachés des centres touristiques… Vous avez sans doute déjà vu des photos de touristes sur le dos d’éléphants d’Asie lors d’une balade avec l’animal, non ? Peut-être même que vos parents, oncles ou tantes en gardent eux-mêmes un très bon souvenir ? En fait, la plupart des voyageurs ne savent pas tout ce qui se cachent derrière ces pratiques touristiques …

Mon objectif, à travers cet article, est de vous aider à mieux comprendre les mécanismes qui permettent à l’Homme de vivre si proche du plus grand mammifère terrestre. Beaucoup de photos de rêve, mais peu de vérités dévoilées sur le sujet. J’aimerais seulement permettre à chacun de faire son choix en pleine conscience de ce qu’implique cette “balade extraordinaire à dos d’éléphant”.

Le rêve de la rencontre avec les éléphants d’Asie

Tout le monde, ou presque, espère avoir l’occasion d’approcher ces fascinants pachydermes lors de son voyage en Thaïlande. Et même, pourquoi pas puisque c’est tendance, faire une balade sur leur dos … C’est sûr que sans savoir ce qui se cache derrière les montures et draps aux multiples couleurs, cette activité de plus en plus prisée des touristes semble attrayante … Dans cet article, je vous explique pourquoi les balades à dos d’éléphants sont à bannir ! Dans mon article suivant, j’aborde les solutions et les alternatives plus éthiques pour tout de même pouvoir approcher l’animal sacré et emblématique du Pays du Sourir. Le tout sans cautionner ce que vous allez découvrir ci-dessous… Vous êtes prêts ?

La domestication ou le “phajaan”

Des éléphanteaux sauvages capturés …

Commençons par le commencement : ce que beaucoup appellent la « domestication » de l’éléphant. Tout d’abord, il faut bien savoir que l’éléphant est un animal social qui passe sa vie entière avec sa famille (du moins pour les femelles). Elles entretiennent des liens très forts et, comme je l’expliquais dans le précédent article « 15 faits que vous ignoriez sur l’éléphant d’Asie », leur cerveau et sa conformation leur confèrent une grande empathie ainsi qu’un sens aigu des relations intraspécifiques.

C’est pourquoi lorsqu’un éléphanteau est pris à sa mère dans la nature, on finit souvent par tuer un très grand nombre d’éléphants adultes essayant de protéger le jeune. La mère, la grand-mère, les sœurs, les tantes … Toute la famille va essayer de protéger chacun des membres de son clan. Et cette technique de traque dans leur environnement naturel est le cas de figure le plus répandu pour obtenir un éléphant domestique. D’ailleurs, à l’heure actuelle en Thaïlande, le cas se présentant entre 100 et 250 fois par an, soit en moyenne 2 éléphanteaux par semaine. Autrement dit …

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 pour chaque éléphanteau enlevé à sa famille,
plusieurs autres éléphants mourront …

Et les éléphanteaux nés en captivité ?

Tous les éléphants captifs n’ont cependant pas été attrappés à l’état sauvage. Même si c’est en moins grande quantité, certains éléphanteaux naissent déjà en captivité.

Quoi qu’il en soit, un éléphanteau a besoin de sa mère jusqu’à 4-5 ans. Et pourtant on le « domestique » à l’âge de 2 ans seulement. Par conséquent, c’est à ce jeune âge qu’on le sépare de sa mère. Il y a déjà la moitié des chances pour que le petit ne survive pas. En effet, à cet âge-là, il n’est pas encore suffisamment autonome ni totalement développé. Ensuite, s’il survit, on en arrive au même point que dans l’autre cas : les éléphanteaux, peu importe d’où ils viennent, passeront par l’étape de la “domestication“. 

Le “phajaan” : la domestication de l’éléphant

À ce moment-là commence le phajaan. Peut-être le nom vous dit-il vaguement quelque chose ? Il y a eu plusieurs vagues de polémiques sur cette pratique … C’est elle que certains appellent « domestication » pour adoucir le terme.

En fait, il s’agit d’une pratique de désindividuation, où l’Homme sépare l’esprit de l’éléphant et son corps. Autrement dit, le phajaan vise à rendre l’éléphant amorphe, sans personnalité. De cette manière, il est prêt en encaisser et à ne faire plus que ce qu’on lui demande de faire. La méthode utilisée pour cela est la torture physique. Que ce soit par le feu, les coups, l’impossibilité de se nourrir, de s’hydrater, de dormir etc. Bref, en plus des abus physiques à proprement parler, les besoins primaires de l’animal ne sont plus respectés et portent ainsi atteinte à son individualité… En résulte un animal à l’esprit brisé. Il obéira aux Hommes par crainte de revivre ces punitions et non par respect, plaisir ou symbiose,contrairement à ce qu’on aime faire croire dans le tourisme en Thaïlande…

Le bull-hook pour maîtriser l’éléphant

Dans tous les centres, mêmes lesdits sanctuaires, vous verrez toujours les mahouts (ou cornacs) avec un bull-hook. Il s’agit d’un bâton avec un crochet au bout. C’est la seule chose que l’animal “respecte“, par crainte. De ce fait, le comportement d’un éléphant ne sera pas le même face à un mahout avec ou sans bull-Hook ! Par la suite, cet instrument sera surtout utilisé pour diriger l’animal en l’accrochant à l’arrière de son oreille. Cependant, il peut également servir à le punir lorsqu’il « prend trop ses aises » ou n’obéit pas suffisamment à son mahout…

Pour aller plus loin …

Si le sujet vous intéresse particulièrement, vous pouvez trouver facilement sur la toile des vidéos ou des explications plus détaillées. Attention cependant aux âmes sensibles, les images peuvent choquer. Le National Geographic a d’ailleurs sorti un court documentaire sur les animaux sauvages en captivité dans le monde du tourisme. Ils y montrent la réalité des camps d’éléphants en Thaïlande, sans image choc cependant. Après avoir lu cet article et peut-être vous petre renseignés davantage, vous verrez sans doute d’un aute oeil cette vidéo.

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Le phajaan, un passage obligé

Il faut bien avoir en tête que tous les éléphants domestiques que vous verrez en Asie, à moins d’en voir en liberté, seront des éléphants étant passés par le phajaan. Effectivement, un éléphant sauvage ne tolère pas l’Homme et le charge. C’est une réaction naturelle. Cependant, tous les éléphants ayant vécu ce « rituel » comme les thaïlandais aiment le dire, n’auront pas la même vie. Certains seront plus chanceux que d’autres selon l’activité à laquelle ils seront destinés. C’est ainsi que naissent à présent plusieurs sanctuaires éthiques basés sur une plus grande liberté et surtout moins de contraintes inadaptées à l’éléphant. J’en parle dans l’article suivant de la saga.

Après la domestication, plusieurs carrières pour les éléphants brisés …

Ca y est, le phajaan est terminé et l’esprit de l’éléphant brisé. Enfin, l’animal est estimé prêt à travailler. Plusieurs voies s’offraient à eux il y a encore quelques années :

–      L’industrie du bois : interdite par le gouvernement thaïlandais depuis 1989

–      La mendicité dans les grandes villes : interdite par le gouvernement thaï depuis 2007

–      Le show

–      Le trekking, autrement dit : les balades à dos d’éléphants

Comme vous pouvez le voir, les 2 premiers ont été bannis en Thaïlande depuis quelques années. Ce qui a eu pour conséquence d’augmenter de manière considérable le tourisme des balades en éléphant…

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Les éléphants de spectacle

Abordons en vitesse la 3e activité des éléphants : le show. Ce sont le plus souvent les jeunes de moins de 12 ans qu’on utilise ici. Parmi les tours préférés des touristes, on retrouve la danse, le foot,  la peinture, etc. Les éléphanteaux deviennent ici de vraies petites vedettes … D’un œil non averti, on pourrait se dire qu’ils sont mignons et qu’ils jouent … Sauf que ces mouvements de bassin en équilibre sur 3 pattes ne sont pas du tout naturels pour eux et certains sont même douloureux… La majorité des jeunes éléphants passent un petit temps par le show avant de partir vers le trekking.

Anecdote : J’ai pu rencontrer un éléphant dont le bassin était si mal positionné à cause de son passé dans le show (entre autres avec des tours comme le « assis » pour lesquels l’éléphant n’a pas un corps adapté du tout !) qu’il en avait le bassin déformé… Sans savoir, on pourrait presque penser que l’éléphante était enceinte ! Mais non, il s’agit seulement de son pelvis mal positionné et mal développé…

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Camp de trekking et balades à dos d’éléphants

Conditions de vie déplorables 

Pour ce qui est du travail dans le camp de trek en tant que tel, il y a plusieurs choses à garder en tête. La première est que les éléphants, comme dans quasiment chacun de leurs jobs, sont sous-nourris et mal-nourris. Leurs forces s’épuisent petit à petit. D’autant plus qu’ils ne travaillent que rarement moins de 8h par jour. Parfois, leurs journées s’étendent même jusqu’à 12h de balade d’affilée !

Les éléphants, des êtres particulièrement sensibles

Une caractéristique des éléphants d’Asie est qu’ils peuvent attraper des coups de soleil, contrairement à leurs cousins d’Afrique. Et ceux qui travaillent dans les villes ne sont pas protégés par l’ombre des arbres. Par conséquent, l’exploitation régulière et intense au soleil est très mauvais pour leur santé et peut devenir très douloureux à répétition…

Une autre caractéristique des éléphants et qui ne joue à nouveau pas en leur faveur dans le travail en rue, c’est qu’ils communiquent notamment par vibrations par le sol. Pour ce faire, ils possèdent des pieds ultra-sensibles et souples. D’ailleurs, vous pouvez facilement observer que leurs pieds, quand ils les posent, s’aplatissent et se déforment légèrement. Ainsi, ils perçoivent les vibrations jusqu’à 16 km à la ronde. Vous pouvez donc bien imaginer le stress que ça leur procure de se déplacer en ville, avec toutes les voitures, en plus du bruit etc. De plus, leurs pieds étant très sensibles, ils sont composés d’un nombre infiniment grand de terminaisons nerveuses sensitives. Ce qui les rend particulièrement sujets aux brûlures en marchant toute la journée sur les routes brûlantes …

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Un dos fragile

Un dernier détail qui en étonne plus d’un sur notre pachyderme : son dos est la partie la plus fragile de son corps. En effet, contrairement au cheval par exemple dont l’anatomie permet aisément d’être monté au niveau du dos, l’éléphant ne supporte pas de lourdes charges sur son dos. Autant il peut porter jusqu’à 500 Kg sur sa trompe, sa nuque et son crâne, autant une journée de trek avec la chaise en métal à au moins 50 Kg en plus des 2 à 4 touristes sur le dos, peut le lui abîmer de manière grave et irréversible ! On peut d’ailleurs très facilement reconnaître un éléphant avec un long passé dans le trekking seulement en observant son dos. Naturellement, le dos de l’éléphant d’Asie forme un bel arc. Lorsqu’un éléphant a travaillé de longues années dans un camp de randonnée, son dos s’est affaissé, parfois de manière impressionnante !

En conclusion … 

En résumé, on peut retenir que le tourisme autour des éléphants en Asie du Sud Est passe toujours par le phajaan, sans exception. L’esprit de l’animal est brisé à jamais. Dissocié de son corps, un peu comme une machine ou un robot sans plus aucun affect. Suite à ça, les éléphants sont utilisés dans diverses industries. La principale à l’heure actuelles consiste en balades à dos d’éléphants, en ville ou en forêt. La randonnée, de manière générale, est très mauvaise pour le dos de l’animal, peu importe l’environnement dans lequel elle est proposée. Non pas par le fait de devoir marcher toute la journée, mais bien à cause des charges et des lourdes montures inadaptées posées sur son dos. Et enfin, les camps de ville exposent les pachydermes au soleil tapant tout au long de la journée d’où ils ressortent avec de coups de soleil souvent douloureux. De même, les éléphants sont sujets à un de fortes perturbations causées par les vibrations perçues aux 16 Km à la ronde, en plus du bruit et du stress ambiant…

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Voir les éléphants en Thaïlande :

oui, mais de manière éthique !

J’espère que malgré le caractère révélateur et quelque peu choquant de l’article, il vous aura plu et surtout aidé à vous faire votre propre avis sur la question de cette « tendance touristique » que sont les balades à dos d’éléphants en Thaïlande. Heureusement, il existe des alternatives plus souhaitables. Je vous en parle ici dans mon article “Voir les éléphants en Thaïlande : une solution éthique.

 

 

Louise