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Ecotourisme :

Les gibbons en Thaïlande

Aujourd’hui, je vous propose un tout nouvel article sur l’écotourisme. C’est un sujet qui me tient à cœur, comme vous avez pu le remarquer dans la rubrique Inspiration de ce blog voyage. En effet, j’accorde une grande importance au respect des espèces animales devenues attractions touristiques, notamment en Thaïlande.

Connaissez-vous, au coeur de la canopée, le chanteur caché derrière les sons mélodieux de son chant quotidien ? Classé en danger critique d’extinction, le gibbon pourrait bien s’éteindre bientôt. Et avec lui, son concert vibrant dans la jungle tropicale …

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Connaissez-vous les gibbons ?

Les gibbons appartiennent aux Grands Singes, tout comme le gorille, le bonobo, l’orang outan ou l’Homme. Mais malgré leurs points communs (plus grands et plus lourds que les autres primates, sans queue et à faciès relativement plat), le gibbon est le seul à appartenir à la famille des hylobatidés dont il est le seul représentant connu à l’heure actuelle. Il est également l’un des primates se tenant le plus droit après l’Homme !

Le gibbon, un primate pas comme les autres

Malgré son appartenance à ce groupe, le gibbon reste néanmoins le plus petit des Grands Singes. Effectivement, les gibbons ne dépassent pas le mètre pour un poids de 5 à 12 Kg selon l’espèce. Leurs bras, inhabituellement longs, leur confèrent cette allure nonchalante. Mais pas seulement ! C’est grâce à ses membres allongés qu’il a cette grande aptitude à la brachiation. Autrement dit,  le gibbon est un singe qui déplace en permanence de branche en branche au fin fond de la forêt humide. Ses membres ainsi proportionnés lui autorisent des bonds de 8 mètres de haut. De même, on peut les voir sauter d’une branche à l’autre jusqu’à une distance de plus de 10 mètres !

Portrait d’un gibbon

Le « chanee » (gibbon en thaïlandais) est monogame. Effectivement, il vit en couple à vie : de ses 10 ans jusqu’à sa mort, aux alentours de 40 ans. Ces amoureux inconditionnels sont très unis et particulièrement fidèles. Ensemble, ils fondent une famille sur leur territoire qu’ils défendront coûte que coûte. Après 7 mois et demi de gestation, soit quasiment autant que nous, la femelle donne naissance à un jeune qui vivra avec ses frères et sœurs jusqu’à sa puberté. Ensuite, vers 10 ans, il devra quitter le territoire familial afin de rencontrer son compagnon de vie et de fonder leur propre famille.

 Le saviez-vous ?

En captivité, s’il est bien soigné, il n’est pas rare qu’un individu vive jusqu’à plus de 50 ans !

Le gibbon, besoin de grands espaces

On remarque que le gibbon est tout à fait conciliant avec les autres espèces vivant plus bas dans ces arbres (comme les orang outans par exemple). En revanche, ils sont également prêts à tuer si plusieurs couples de leur propre espèce se retrouvent sur les mêmes arbres qu’eux. C’est pour cette raison, entre autres, qu’une vie en captivité est extrêmement mauvaise pour les individus de cette espèce. Effectivement, ils ont besoin de grands espaces délimités pour eux et leur famille. De cette manière,  les intrusion au sein de leur territoire sont plus limitées. Une vie en cage n’est absolument pas adaptée à leurs besoins. Il en va de même pour une vie en volière en compagnie de membres d’autres familles…

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Un écosystème naturel, fondamental !

Le gibbon est incapable de nager. C’est pourquoi les barrières naturelles qui les regroupent ainsi sont le plus souvent faites d’eau (rivières, lacs, etc).  En plus de la nécessité des grands espaces pour ce petit primate, leur écosystème originel s’avère indispensable. Et ce en vue d’une bonne gestion sociale des différents territoires.

Exclusivement arboricoles, ils ne descendent qu’en de très rares occasions sur la terre ferme. Ils se nourrissent principalement de feuilles et de fruits. Cependant, selon les besoins et surtout les opportunités de la nature, ils peuvent également savourer insectes ou autres petites proies.

 

 Le saviez-vous ?

Connaissez-vous le lac de Chiew Larn dans la jungle profonde de Khao Sok au sud de la Thaïlande ? Il s’agit d’un grand lac artificiel au cœur d’un grand parc national abritant l’une des plus anciennes forêts tropicales. Chiew Larn  a inondé la vallée dans les années 30, suite à la construction d’un barrage. A cette époque, de petites embarcations traditionnelles voguaient sur ces eaux émeraudes à la recherche d’animaux en détresse. En effet, certains restaient coincés sur de petits îlots suite à l’innondation de la vallée. Les locaux les emmenaient d’un minuscule îlot à un plus grand où l’animal pourrait ensuite évoluer librement. Un espace adapté et suffisamment spacieux pour une liberté totale.  Le tout premier animal qui fût secouru à l’époque était justement un gibbon !

Le chant mélodieux des forêts de Thaïlande, ou le langage des gibbons

Vous vous souvenez de ce chant mélodieux que nous entendons lors de nos promenades dans la jungle ? Aux abords des falaises de calcaire dans la région de Krabi ? C’est bel et bien celui du gibbon. Outre sa mélodie qui nous plaît tant, il s’agit d’un véritable langage intraspécifique. Et celui-ci pourrait bien nous aider à comprendre l’élaboration de celui de l’Homme. En effet, des chercheurs anglais ont passé plus de 4 mois dans la jungle thaïlandaise à étudier ces petits primates supérieurs. L’objectif était de mieux comprendre les mécanismes mis en place par l’espèce. Et par conséquent, les mécanismes qui ont, potentiellement, toutes les chances d’avoir été les prémices de notre propre langage actuel. Ainsi, ils ont réussi à décoder jusqu’à 450 sons portés de sens (autrement dit des mots).

Comme d’autres grands singes, les gibbons se préviennent les uns les autres des dangers et prédateurs. Là où cette étude devient intéressante, c’est lorsque les gibbons se préviennent du type de prédateurs pour plus d’exactitude. De cette façon, le son émis pour prévenir du survol d’un rapace est tout à fait distinct de celui pour prévenir la présence d’un ours malais. Décrypter le langage du gibbon, dans toute sa richesse et son élaboration, semble être un atout de taille. Peut-être va-t-il permettre la découverte de l’origine du langage humain.

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 Le saviez-vous ?

Le chant du Chanee peut être entendu en moyenne jusqu’à 2 ou 3 Km à la ronde. Le record est détenu par l’espèce la plus grande, le siamang. C’est au moyen de sa poche gutturale faisant caisse de résonance qu’il se fait  entendre même au-delà de 5 Km !

Gibbons et maltraitance animale

Victimes de leur succès

Vedette de la jungle… Victime de son succès. Ces petits êtres adorables au chant si mélodieux sont cependant sur le point de disparaître… Et pour cause ! La bêtise humaine … Plusieurs envies passagères ruinent en effet la vie du plus petit primate supérieur : le tourisme, l’envie d’un nouvel animal de compagnie, la médecine chinoise traditionnelle ou encore la déforestation (causée entre autres par la surpopulation) …

Les gibbons et le tourisme et en Thaïlande

Dans les bars et restaurants, le long des routes ou sur les plages, vous pouvez parfois rencontrer des gibbons à touristes. Recroquevillés dans leur minuscule cage, ils sont exposés en plein passage afin d’être vus de tous. L’objectif ? Faire venir les gens. Appâter le monde, de jour comme de nuit. Ces primates à la bouille adorable ont pour mission de poser pour des photos avec mesdames et messieurs entre deux cocktails. Pour ce faire, l’animal est littéralement stocké dans une cage minuscule inadaptée à ses besoins de grands espaces. Les touristes peuvent nourrir le petit réfugié pour la modique somme de 150 baths. Evidemment, cette nourriture n’appartient pas à son régime alimentaire. Par conséquent, on observe des effets néfastes sur sa santé avec le temps.

Marionnettes touristiques : leurs conditions de vie

Le gibbon est un animal diurne. Autrement dit, son horloge interne est similaire à la nôtre : il vit le jour. Il a donc besoin de sommeil tout comme nous. Cependant, afin d’intriguer et de faire venir un maximum de monde la nuit tombée également (et non, pas qu’en journée !), les propriétaires les droguent dans le but de les garder bien éveillés. Etonnamment, ça rappelle des méthodes similaires utilisées sur les tigres d’Indochine. Le quotidien résumé des gibbons touristiques ? Pollution, stress et bruit. Tout ceci dans un environnement tout à fait inadapté à ses besoins fondamentaux, bien entendu…

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Attrapper un bébé gibbon : massacre d’une famille

Le gibbon intégrant une famille sous le nom de nouvel animal de compagnie ne s’en sort guère beaucoup mieux. Déjà, comme pour tous ceux quittant leur sphère initiale et sauvage, la capture d’un jeune fait beaucoup de morts collatérales dans la famille du gibbon. En effet, pour attraper un bébé gibbon, il faut souvent en tuer au moins 4 ou 5, soit la famille à son complet ! Tout comme les éléphants ou les gorilles, le gibbon est une espèce particulièrement attachée à sa famille. Ses membres la protégeront quoi qu’il leur en coûte. Ils n’hésitent pas à laisser leur vie pour sauver celle de l’un des leurs…

Et le gibbon de compagnie ?

Une fois le bébé attrapé et sa famille exterminée, il intègre un environnement  humain. Autrement dit, un environnement bien loin de son écosystème naturel. Mais alors qu’il était si petit, mignon et docile étant jeune, il devient grand. Il prend de la place, il devient plus fort et il peut se montrer agressif. Ceci sans compter que ses chants peuvent finir par gêner plus qu’autre chose son nouveau propriétaire. C’est ainsi que la personne finit par s’en lasser et le délaisser. L’animal adulte se retrouve alors bien souvent enfermé dans une toute petite cage. Enfermé avec ses excréments, le gibbon a rarement de eau. Parfois, s’il est chanceux, il a un bol de nourriture. Cependant, celle-ci n’est jamais adaptée à ses besoins…

Le gibbon au coeur de la médecine chinoise ?

Mais outre son aspect « cute » qui rend fous les touristes dans le bar du coin ou autour de la plage, le gibbon possède une chair et des os plein de vertus d’après la médecine chinoise. Il s’agit donc d’un véritable massacre de ce petit être adorable afin de satisfaire le marché noir en Chine et en Corée du Nord, en vue d’en faire des médicaments et de la nourriture. Ces vertus ont en revanche été totalement démontrées par la science …

Encore des effets de la déforestation …

Enfin, l’une des raisons principales de mort des orangs outans en Amérique du Sud est également d’actualité dans les forêts vierges d’Asie du Sud Est. La déforestation n’épargne pas les zones d’habitation du gibbon au profit de nouvelles palmeraies, de nouvelles plantations d’hévéas ou encore de nouveaux villages pour abriter la population humaine toujours croissante.

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Ecotourisme en Thaïlande :

où voir des gibbons ?

Heureusement, il vous est possible de dire non à cette bêtise humaine ! D’une part en prêtant davantage d’attention à ce que vous mangez (l’huile de palme n’étant qu’un exemple). Et d’autre part en partageant vos connaissances sur ces attrapes touristes et en refusant d’y participer. La sensibilisation de chacun compte pour ce combat contre leur maltraitance animale. C’est en en parlant autour de nous que nous pouvons faire cesser ce tourisme abominable et abusif. Troquez le contre des activités ecotouristiques et des voyages “green”. Partageons ensemble ce combat et ouvrons les yeux à toutes les autres personnes qui ne se doutent pas de tout ce qui se cachent derrière le tourisme animalier ! 

Bien d’autres façons sont actuellement envisageables pour bénéficier d’un accès gratuit et en avant-première au concert flamboyant des chanee des forêts tropicales.

Vous les rencontrerez en pleine nature. Notamment dans la jungle du parc national de Khao Yai, à 3h de route de Bangkok. Vous pourrez également les écouter chanter au petit matin sur le lac de Cheow Larn à Khao Sok,

Enfin, vous pouvez aussi venir les rencontrer à Phuket au GRP, centre de réhabilitation du gibbon ! Ce centre récupère des gibbons blessés ou maltraités pour les remettre en liberté par la suite.

Laissez-vous guider à travers la jungle profonde. Laissez-vous porter au son harmonieux de leur chant qui vous emmène haut, très haut au-dessus des terres grâce à sa mélodie résonnant à travers les forêts, les montagnes, les lacs et les falaises … !

Si vous avez aimé cet article et avez des amis qui partent prochainement en voyage en Thaïlande ? N’hésitez pas à leur partager cet article afin qu’ils soient prévenus des réalités qui se cachent derrière les photos de rêve. Vous leur permettez ainsi de rencontrer ces animaux incroyables en tant que voyageur responsable !

 

Sawadi Kâââ !

Louise